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Les comics français 1 jour 1 BD article 6

Les comics français 1 jour 1 BD article 6

Mon adolescence fut baignée dans les comics Marvel, je l'ai dit dans l'article précédent, et pourtant leur publication en France se fit par une maison d'édition Française. Et cette maison d'édition va aussi proposer des produits originaux qui m'accompagnèrent de façon tout aussi mémorable au prix de ...2F l'album!!

Lug était une maison d'édition lyonnaise spécialisée dans la bande dessinée qui fut créée en 1950 par Marcel Navarro et Auguste Vistel et rachetée en 1989 par l'éditeur nordique Semic.

Son nom provenait de Lugdunum, le nom gallo-romain de la ville de Lyon (mais Lug est également le nom du dieu gaulois du commerce). Son siège était établi au 10, rue Bellecordière à Lyon, dans le même immeuble que deux autres maisons d'édition : Aventures et voyages et les Quatre points cardinaux. Après six années il fut déplacé au 6, rue Emile Zola où il resta jusqu'à la fin en 1989.

Ce label s'est particulièrement fait connaître dans le domaine de la bande dessinée populaire par la publication de nombreux « petits formats » tels que : Blek, Kiwi, Mustang, Nevada, Ombrax, Rodéo (avec Tex Willer), Yuma, Zembla. Au total on décompte près de soixante-quinze titres.Les fascicules à bas prix des éditions Lug, au format « pocket » (13 x 18 cm) en noir et blanc, ainsi que le lancement de nouvelles séries, apportent à la maison d'édition lyonnaise le succès en kiosques ; mais les ventes s’essoufflent finalement au milieu des années 1960.

Cherchant alors de nouveaux débouchés pour enrayer la baisse des ventes, Lug répond favorablement à l’offre de l'éditeur américain Marvel Comics, qui cherchait désespérément depuis quelque temps à introduire ses super-héros en France, envoyant des exemplaires de ses publications aux éditeurs français. Le succès sera au rendez-vous et les ventes repartiront de plus belle.


Les éditions Lug font l'acquisition du catalogue de bande-dessinées de Marvel Comics en 1968, l'éditeur américain leur faisant des prix à la page réduits et commencent à publier des traductions des titres en français. Arborant de superbes couvertures peintes de Jean Frisano, ceux-ci se vendent très bien et encouragent Navarro à lancer encore plus de ses propres titres. Cette période voit la création de Wampus (scénario : Francesco Frescura, dessin : Luciano Bernasconi), une série ayant pour héros un extraterrestre pouvant changer de forme envoyé sur Terre par une entité malfaisante dans le but d'affaiblir la planète pour faciliter sa conquête. Mais la série s’avère trop violente ; elle est interrompue par la censure, malgré des qualités évidentes qui en firent une série culte.


En février 1969, les éditions Lug publient le premier numéro de Fantask avec en vedettes le Surfer d'argent et les Quatre Fantastiques. Cependant, la revue est rapidement retoquée par la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l'enfance et à l'adolescence (CSCPJ) chargée d’appliquer la loi du 16 juillet 1949 sur « la surveillance des publications destinées à l’enfance et à l’adolescence », c'est-à-dire dit la censure, qui considère la publication comme nocive. La publication s’arrête en août 1969 au no 71.
Par la suite, pour vendre ses publications, Lug devra recourir à l’autocensure, ce qui était déjà le cas quand elle éditait des bandes dessinées italiennes. Pour contourner la censure de l’administration, elle faisait alors effacer les pistolets des mains des cow-boys sur les « bromures » — les tirages photographiques servant à l’impression — grâce à des encres spéciales.

Pour ce faire, l'atelier de retouche des éditions Lug, rue Émile-Zola à Lyon, en plus de ses tâches habituelles qui consistaient à dessiner des couvertures ou à remplacer les textes originaux par les traductions en français, se chargea également de cette opération. Mais elle devra aussi enlever les onomatopées, les "lignes de vitesse" dynamisant les mouvements, les créatures trop effrayantes sont retouchées et les femmes en tenues légères rhabillées ("cachez ce sein que je ne saurais voir", disait déjà Molière...)


Jean-Yves Mitton et Ciro Tota, à l’époque dessinateurs débutants chez Lug, participèrent à cette tâche ingrate au sein de l’atelier de retouches. Pour eux, ce fut un « véritable crève-cœur » :  leurs coups de ciseaux et leurs aplats de gouache blanche ont massacré des planches entières signées des plus grands maîtres de la BD américaine, tels que Jack Kirby, John Buscema ou Steve Ditko.

Cependant, cette censure s’atténuera progressivement au fil des années, l’évolution des mœurs ayant peu à peu raison de la loi de 1949
Cependant, Lug n'abandonne pas l’univers des super-héros. Au début de l’année 1970, la maison d'édition publie les revues Strange et Marvel, au format poche et en bichromie, pour éviter les problèmes avec la censure. Mais, à la demande des lecteurs, les récits sont finalement publiés au format comics et les planches sont colorisées à partir de Strange no 11 et Marvel no 7 ; elles sont également retouchées afin « d’y gommer la "violence" des combats pour éviter les foudres de la censure ».

Pourtant, Marvel (le comics) passe deux fois devant la CSCPJ ; et, en mars 1971, la commission finit par interdire la vente de Marvel aux mineurs. Lug prend alors la décision d’interrompre la publication au no 13. Par contre, Strange passe à travers les mailles de la censure, et poursuivra sa carrière pendant 26 ans (ouf!!). Suivront les revues Titans, Nova, Spidey ou Spécial Strange.


Avec la sortie des premiers séries d’animation sur les super-héros Marvel (comme la série L'Araignée, diffusé en France à partir de 1977 et Les Quatre Fantastiques, diffusée en France à partir de 1980), Lug du se battre pour ne pas voir son activité phagocytée en France, certains de ses concurrents cherchant à accaparer une partie du succès que les personnages de Marvel avaient dans l’hexagone.

C'est au début des années 1980 que la compagnie connaît ses plus belles années. Et c'est alors que les deux jeunes dessinateurs retoucheurs cités plus haut lancèrent chacun une série originale.

L'influence des personnages connus de l'univers Marvel étaient là bien sur. Mais il était marrrant de voir des histoires de super héros un peu différentes, d'autant que certains épisodes mettent en scène les auteurs eux-même, un peu de fraicheur originale à cette époque.

Les personnages cités ci-après ne sont pas les premiers travaux de ces dessinateurs. Jean Yves Mitton dessinait déjà (ou redessinait) des productions étrangères (cf Phantom ci-dessus) et avait dessiné (et scénarisé parfois) plusieurs épisodes de Blek Le Roc dans le petit format KIWI

Mikros commence par être publiée en 1980 dans le magazine Mustang - où les éditions Lug publiaient, non pas des éditions françaises de comics américains, mais des créations originales de dessinateurs de son studio - puis dans Titans jusqu'en 1986.

Les scénarios et dessins sont de Malcolm Naughton (Marcel Navarro) et John Milton (Jean-Yves Mitton). Des auteurs donc qui prennent des pseudo sonnant américains et qui transforment clairement le concept des 4 fantastiques.

Mike Ross, sa fiancée Priscilla Conway et leur ami musclé Bobby Crabb sont des scientifiques universitaires et des athlètes olympiques. Un extra-terrestre va les transformer en insectes humanoïdes dotés de pouvoirs pour envahir la terre. Ils lui échappent bien sur et décident de mettre ces pouvoirs au service du bien...
On a donc nos Red et Susan Richard et un Ben Grimm (pour le physique) mêlé à un Johnny Storm (pour la pitrerie)

Les aventures de Photonik sont aussi parues dans le mensuel Mustang en 1980 et poursuivi dans Spidey.
La publication de ses aventures s'est faite progressivement à un rythme assez irrégulier, Ciro Tota étant un dessinateur trop lent pour tenir le rythme d'une publication mensuelle. Certains épisodes ont été écrits et dessinés par Jean-Yves Mitton, le père de Mikros.


A coté des 3 fatastiques français ce héros là s'apparente (au début) à Spiderman ou Nova: un petit assistant de labo étudiant assez brillant mais mal aimé et bossu (pire que Peter Parker donc) va se retrouver piégé dans un local scientifique, bombardé de radiations lumineuses il va devenir Photonik.
Puis deux protagonistes vont le rencontrer et lui préter main forte dans sa guerre contre un méchant extraterrestre (à ceux là ils nous en veulent toujours!) qui controle mentalement la population. Le premier qu'il rencontre est un vieux neuropsychologue rescapé de l'allemagne nazi, le docteur Nazel D. D. Ziegel (« Doc Ziegel »), puis un jeune garçon qui a élu domicile dans les grottes souterraines de central park et qu'on surnome "tom pouce". Ziegel a des pouvoirs mentaux semblables au professeur Xavier, et Tom pouce va se voir doter de gadgets pour palier son absence de pouvoir: un lance pierre high tech et une paire de bottes à réaction...

Deux créations françaises qui n'ont pas à rougir face à leurs modèles américains je trouve, même si leur vie fut courte et ne survivra pas au déclin des super héros dans les années 90 (avant le revival du aux films sortis au XXIème siècle...)


 
En janvier 1989, Marcel Navarro décide de prendre sa retraite, et toutes les propriétés de la société sont vendues à Semic, un éditeur suédois, dont le nom est une combinaison du mot suédois pour les bandes dessinées, serier, et le mot anglais pour la même chose, comic. Lug devient « Semic France ». Les publications sont uniquement les mensuels reprenant les super héros Marvel, exit Mustang. Mikros survivra un temps dans Titans.
En 1999 les ateliers historiques de Lyon sont fermés et rapatriés à Paris.
En 2004 Semic va perdre ses licences Marvel qui seront reprises par Delcourt et Panini. Certains titres semic (comme Strange) survivront un temps en publiant des comics de la Distinguée Concurrence (DC) et de Wildstorm puis ils perdront aussi ces droits.
Depuis 2011 Semic distribue des produits dérivés Marvel mais ne publie plus de BD

 

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