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Pépin Laurent: Monstrueuse féérie

Pépin Laurent: Monstrueuse féérie

L'histoire: 

Depuis toujours, j'ai du mal à établir des contacts avec les gens "normaux". Quand je suis dans le trou noir, la tronche à l'envers, avec l'envie d'engueuler le vent et les oiseaux, je me dis parfois que ce sont des modèles en série, des ersatz, des brumes floues, sans consistance.

Alors que les bizarres, c'est plus noble. Eux, ce sont des modèles uniques qui sont nés sans mode d'emploi et en kit et qui ont dû se fabriquer seuls. Alors, bien sûr, ça donne des constructions très personnelles. Les idées ne sont pas au bon endroit, ou bien elles sont morcelées ou trop vastes, sans limites. Et parfois, il manque des pièces. C'est le problème des trucs en kit.

Je suis devenu psychologue et je travaille dans ce centre.
Souvent mon boulanger me demande si ce n'est pas trop dur de travailler avec les "fous". Moi j'ai envie de lui répondre que ce qui est vraiment dur, c'est plutôt ce genre de dialogue, mais je me tais.

Et je ne peux pas répondre que parmi les monuments, on peut trouver des elfes.
 

Mon avis: Novella d'une centaine de page, publiée par Flatland éditeur. L'auteur est psychologue clinicien de profession, autant dire qu'il connait le sujet dont il est question. Mais ce n'est pas vraiment du coté du psy qu'il l'aborde, puisque le narrateur est le "fou". Tout ce qui est raconté l'est au travers de sa perception bien particulière de notre monde, avec des elfes, des monstres

Du fait de ce parti-pris le récit est étrange. Il est aussi en deux temporalités: le passé, l'enfance, écrit en itallique, racontant la relation du narrateur avec ses parents; Et le présent, sa relation avec une Elfe et les autres entités qui croisent sa vie.

Par contre, pas d'explication, il faut se laisser porter par le récit et essayer soi-même de deviner ce qui peut se cacher derrière la vision particulière du narrateur. Sa propre perception de sa situation étant sujette à caution, est-il seulement comme il le dit psychologue dans ce centre, ou l'un des patients?

Je m'attendais à une fin un peu différente où l'auteur aurait remis le personnage dans la réalité, permettant au lecteur de vérifier si ses hypothèses étaient exactes: L'Elfe est-elle réelle? les autres personnages qu'il évoque sont ils des soignants du centre ou d'autres patients?...

Non, il faut rester avec son interprétation. Pourquoi pas, même si moi cela me frustre un peu. C'est aussi un parti-pris acceptable.

Concernant le style, il est à mon avis parfaitement adapté au récit: la lecture est agréable et les descriptions oniriques sont évocatrices. Des références littéraires parsèment aussi le texte: des poèmes mais aussi Harry Potter… Mais le thème est lourd, noir. On devine l'enfance traumatique (quelle que soit la réalité, elle l'a été) qui a détruit le cerveau du narrateur, le plongeant dans ses troubles du présent.

Un texte qui se lit rapidement (et même d'une traite au vu de sa longueur modérée) et pousse aussi à réfléchir sur ce qu'on appelle "la folie" et sur les patients atteins de ces pathologies. Mais un texte qui ne fera sans doute pas l'unanimité du fait de son contenu. En tout cas une façon de traiter du sujet que je n'avais encore jamais lu.

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