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Claudel Philippe: Le rapport de Brodeck

le rapport de brodeck

L'histoire: Le métier de Brodeck consiste à établir des notices sur l'état de la faune et de la flore. Jusqu'au jour où les hommes du village lui demandent de dresser un rapport sur le terrible sort qui fut réservé à l'« Anderer » - l' « Autre » - cet homme venu d'ailleurs.

«On ne te demande pas un roman, c'est Rudi Gott, le maréchal-ferrant du village qui a parlé, tu diras les choses, c'est tout, comme pour un de tes rapports.»
Brodeck accepte. Au moins d'essayer. Comme dans ses rapports, donc, puisqu'il ne sait pas s'exprimer autrement.  Brodeck est consciencieux à l'extrême, il ne veut rien cacher de ce qu'il a vu, il veut retrouver la vérité qu'il ne connait pas encore. Même si elle n'est pas bonne à entendre.
"À quoi cela te servirait-il Brodeck ? s'insurge le maire du village. N'as-tu pas eu ton lot de morts à la guerre ?
Qu'est-ce qui ressemble plus à un mort qu'un autre mort, tu peux me le dire ? Tu dois consigner les événements, ne rien oublier, mais tu ne dois pas non plus ajouter de détails inutiles. Souviens-toi que tu seras lu par des gens qui occupent des postes très importants à la capitale. Oui, tu seras lu même si je sens que tu en doutes..."
Brodeck a écouté la mise en garde du maire: Ne pas s'éloigner du chemin, ne pas chercher ce qui n'existe pas ou ce qui n'existe plus.

 

Mon avis: Un livre écrit à la première personne, mais pas un récit réel, une fiction. Le narrateur est donc Brodeck, un petit fonctionnaire d'un petit village perdu dans des montagnes éloignées. On ne sait jamais où se déroule l'histoire, mais on imagine un pays de l'Est de type Roumanie. L'histoire se déroule au lendemain d'une terrible guerre qui sans être nommée est la Seconde Guerre mondiale (ce n'est pas non plus caché ou difficile à comprendre).

Au départ un événement bouleverse la quiétude du village. La mort d'un étranger de passage.

Très vite on comprend que les auteurs du crime sont des hommes du village et que ceux ci chargent Brodeck d'écrire un rapport pour expliquer leur geste et les dédouanner de toute faute.

Mais la situation est très vite malsaine pour plusieurs raisons: tout d'abord Brodeck n'est pas vraiment volontaire mais on le menace à mots couverts pour qu'il écrive ce rapport. Ensuite, ce n'est pas la vérité qui est recherchée mais plutot une disculpation et gare au malheureux qui voudrait montrer les faits autrement...

Alors Brodeck écrit deux rapports: l'officiel, celui qu'on lui demande et que tout un chacun découvrira, et en parrallèle, un autre qu'il doit cacher et dans lequel il va plonger dans le passé du village et des villageois.

Toute la force du récit est là. Au travers de ce qui semble être un simple récit brouillon, sautant du coq à l'ane autour du meurtre de l'étranger, on découvre des bribes de vie du village et de ses habitants. Du passé de Brodeck aussi. Et chacun n'est pas aussi simple, ni aussi innocent qu'il y paraissait de prime abord. Et comme souvent, comme partout au lendemain de conflits, le remords et la honte des peuples se dissimule parfois dans une violence et une sauvagerie qui leur permet d'oublier leur lacheté ou leurs ignominies perpétrées alors pour survivre ou s'enrichir.

En cela le roman est intemporel et universel: pas besoin de situer l'époque de 39-45 ou le pays dont il est question, ce pourrait être au lendemain de la guerre dans les campagnes françaises (ou dans les villes d'ailleurs), en Europe de l'Est au lendemain des conflits de Yougoslavie, de Serbie; sans doute aussi dans bien d'autres pays.

La lecture est prenante, sans grands effets sanguinolants, violents ou spectaculaires, l'ordinaire devient palpitant et on avance dans la quête de cette vérité que recherche Brodeck.

A lire, sans aucune réserve, sinon celle de ne pas le faire si on est dépressifs ou trop jeune car la noirceur du sujet et de l'histoire pourrait sans doute en perturber certains.

 

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Porter Henry: Lumière de fin

lumiere de fin

 

Reçu dans le cadre de l'opération:

 

  masse critique

 

 

 

 

 

 Merci à l'éditeur et au site Babelio

 

 

L'histoire:  A l’enterrement de David Eyam, les cloches sonnent à toute volée et non doucement, comme il sied pour les morts. Kate Lockhart, une ancienne du SIS, y assiste avec des grands patrons, des ministres et des chefs de l’espionnage pour pleurer la mort de son meilleur ami, le plus brillant serviteur du gouvernement britannique de sa génération. De Eyam ne subsistent que les restes calcinés d’un homme tué loin de chez lui lors d’une explosion. Mais il laisse derrière lui des questions qu’un certain nombre de personnes haut placées aimeraient oublier.
Car c’est bien de complot qu’il s’agit. Un complot qui s’est mis en place sans difficulté tant les lois prises en Angleterre après les attentats de septembre 2001 et de juillet 2005 étaient potentiellement liberticides. Kate Lockhart le découvre vite et, avec l’aide de mystérieux carillonneurs, met tout en œuvre pour empêcher que la Grande-Bretagne ne sombre dans un univers auquel George Orwell n’aurait rien trouvé à redire.

 

Mon avis: A la lecture du quatrième de couverture, pas de doute, il s'agit d'un roman d'espionnage où l'auteur va nous promener dans les arcanes du pouvoir et des services secrets entre mensonges, dissimuilations et activitées non avouables. La référence à Orwell en fin de résumé est elle aussi tout à fait justifiée et revendiquée par l'auteur dans sa postface -roman écrit en 2009 exactement soixante ans après la publication du 1984 d'Orwell et reprenant sa thématique d'une société sous surveillance constante -. Le thème est donc d'actualité et prometteur: doit on sacrifier les libertés individuelles pour une sécurité accrue? Quelles peuvent être les dérives d'un tel sacrifice?

Au long de 560 pages, l'auteur va donc progressivement nous expliquer comment, sur la base d'une législation existante dans la réalité, une dérive vers un état policier est possible. Pour cela il commence son histoire par la mort filmée d'un homme (David Eyam) qui a quitté le gouvernement quelques années auparavant dans des circonstances mystérieuses et qui a légué plusieurs choses à sa vieille amie Kate Lockhart. Très vite on comprends que cet héritage est en fait composé de clés pour trouver le véritable héritage: ce qui s'est passé avant sa mort, ce qui l'a conduit à sa démission et peut être à mettre en scène sa propre mort (le mystère n'en est pas vraiment un, il ne s'agit pas là de spoiler l'intrigue). Kate va vite s'appercevoir aussi que quelqu'un la surveille et ne veut pas que l'heritage d'Eyam soit révélé (à n'importe quel prix).

Tout cela semble faire de ce roman un bon roman d'espionnage et pourtant...

Je n'ai vraiment pas accroché à ce roman pour plusieurs raisons:

Les personnages tout d'abord. Autant n'importe quelle histoire peut donner envie d'être lue grace au charisme de ses protagonistes, autant je n'ai rien trouvé d'attachant à Eyam ou Kate.

L'action ensuite. Un bon roman d'espionnage pour moi va précipiter ses acteurs dans des phases d'infiltration, de fuite, de combat ou de tromperie, de faux semblants. Or pendant plus de 400 pages il ne se passe pas grand chose, à peine un cambriolage un peu (très peu) musclé, un assassinat (évoqué) et quelques filatures et surveillances. C'est peu enthousiasmant, rendant toutes ces pages longues à lire pour apprendre que Eyam est vivant (on s'en doute depuis le début) qu'il a simulé sa mort (pas d'explication détaillée de la manière dont il a fait qui aurait pu rendre un chapitre interessant) et qu'il doit à présent rendre public le secret que tout le monde veut voir disparaitre malgré la traque engagée contre lui.

Seules les 100 dernières pages du roman ammènent un peu de suspens dans la course contre la montre pour faire éclater la vérité.

Dommage le thème était alléchant.

A reserver aux lecteurs assidus que le thème interesse et qui ne chercheront pas d'excitation ou d'action dans le récit.

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